Le capitalisme : arme de destruction massive de la biodiversité

L’existence même de l’humanité dépend de la qualité des écosystèmes : épuration des eaux, protection contre les inondations, séquestration du carbone, pollinisation des cultures, … 60.000 plantes et champignons sont utilisés pour leur valeur médicinale dont 40 % sont directement menacés d’extinction, mettant en péril nos approvisionnements et la santé humaine. L’industrie agro-alimentaire est également directement menacée par la destruction de la biodiversité.


La biodiversité illustrée en quelques chiffres :

  • 60 % des populations de vertébrés ont disparu depuis 1970 ;
  • un millions d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction dans les prochaines décennies ;
  • 75 % de la surface terrestre a déjà été altérée par les activités humaines ;
  • au moins 150 millions de tonnes de plastique ont été déversées dans les océans ;
  • 437 millions d’hectares de forêts ont été perdus depuis 2000 ;
  • plus de la moitié du PIB mondial dépend de la santé des écosystèmes.

Face à cette situation catastrophique, la conférence des Nations unies sur la biodiversité qui se tient à Montréal du 7 au 19 décembre 2022 (COP 15) a pour ambition l’adoption d’un plan d’action mondial permettant d’éviter une sixième extinction de masse. Cette conférence aurait dû avoir lieu en octobre 2020 à Kunming, en Chine mais a été reportée à quatre reprises en raison de la pandémie.

A l’origine, la Convention sur la diversité biologique a été signée par 196 pays en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio en même temps que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) avec trois objectifs :

  • la conservation de la biodiversité ;
  • l’utilisation durable de ses éléments ;
  • le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques.

Les COP qui réunissent les représentants des Etats signataires se réunissent tous les deux ans.

Lors de la COP 10, qui s’est tenue à Nagoya au Japon en 2014, un plan stratégique avait été adopté pour la période 2011-2020, décliné en 20 sous-objectifs quantifiés, dénommés les objectifs d’Aichi en référence à la préfecture japonaise du même nom. Parmi ces objectifs figuraient notamment la réduction de moitié de la perte d’habitats naturels, l’extension des aires terrestres protégées à 17 %, la mise en œuvre de plans de production et de consommation durables, …

Malheureusement, ces objectifs n’ont pas été atteints même si ce cadre international a permis d’encourager quelques initiatives comme la mise en œuvre au niveau de l’Union européenne du réseau Natura 2000.

Les principales causes de la perte de biodiversité sont l’agriculture et l’urbanisation mais aussi la surexploitation (surpêche, braconnage, abattage excessif de bois de chauffage, épuisement des terres agricoles, …), les changements climatiques, la pollution, la prolifération d’espèces invasives, …

A l’ordre du jour de la COP 15 figure notamment l’élimination du financement d’activités nuisibles à l’environnement. En lien avec cet aspect, l’Union européenne a adopté le 6 décembre un règlement conditionnant l’importation sur le territoire européen de huit produits (viande bovine, cacao, café, huile de palme, soja, bois, caoutchouc et charbon de bois) à l’absence d’impact sur la déforestation et au respect des Droits de l’Homme. Il s’agit d’une avancée, dans la mesure où les importations européennes sont responsables d’environ 16 % de la déforestation mondiale. Hélas, les investissements réalisés par le secteur financier dans des sociétés accusées de déforestation n’ont pas, pour l’heure, été intégrés dans le texte.

En ce qui concerne la Wallonie, elle revendique au côté de près de 120 pays la protection de 30 % des mers et des terres d’ici 2030, la gestion durable intégrant la biodiversité pour les 70 % restant de la planète incluant la restauration, la réduction de 50 % au moins de l’utilisation des pesticides et des engrais, la réduction de l’empreinte écologique des déchets.

Néanmoins, sans une profonde remise en cause des modèles de production et de consommation, les mesures de protection de suffiront pas.

On peut regretter également que les questions de biodiversité et de changements climatiques soient toujours abordées séparément au niveau des Nations unies dans la mesures où il s’agit de problématiques intimement liées, la dégradation de la biodiversité affectant notamment les cycles de l’eau et du carbone accélérant, de ce fait, le changement climatique et vice-versa.