La Wallonie à l'heure de l'économie circulaire

Les ressources naturelles ne sont pas infinies… Pourtant, les modèles de production industriels laissent croire le contraire. On puise sans relâche dans les matières premières, on fabrique, on utilise, et enfin on jette à la poubelle. Il y a bien du recyclage ici et là, mais surtout une montagne de déchets qui nous fait face aujourd’hui. Un changement radical est nécessaire, de manière imminente. Et c'est là que l'économie circulaire entre en jeu. Pour faire simple : afin de garder notre planète en vie, notre système économique doit prendre les caractéristiques d'un écosystème naturel. Ce qui meurt doit servir à créer autre chose. L'économie devient alors un cycle plutôt qu’une traditionnelle ligne droite allant de la terre à la décharge. Le principe du « extraire-fabriquer-jeter » doit être remplacé par un système qui consiste à « emprunter-faire-réutiliser ». Matériaux recyclés, réutilisation des pièces, gestion des déchets... C'est ce dont nous parlons dans notre dossier, et nous allons voir sur le lieu de travail comment l'économie circulaire s'installe progressivement.

Selon la Commission européenne, l’économie circulaire est une économie dans laquelle « les produits et les matières conservent leur valeur le plus longtemps possible; les déchets et l'utilisation des ressources sont réduits au minimum et, lorsqu'un produit arrive en fin de vie, les ressources qui le composent sont maintenues dans le cycle économique afin d'être utilisées encore et encore pour recréer de la valeur. »

Il ne s’agit donc plus d’un schéma classique de production, où l’on va de la production d’un objet à sa destruction, mais bien d’un système de boucle où on optimalise, réutilise, recycle et valorise.

Crédit : noirelavache

Un projet global visant à faire de l’économie circulaire une priorité en Wallonie a récemment vu le jour, incluant un « green deal » lancé le 27 novembre par la Direction du Développement durable du Service Public de Wallonie pour les entreprises et organisations, et un nouveau site internet plein de ressources et d’informations. Une bonne chose, à l’heure où l’effort climatique doit se répartir entre tous les acteurs de la société, du particulier aux pouvoirs politiques, en passant bien évidemment par le monde économique.

« La Wallonie s’inscrit clairement dans une double logique de « zéro déchet » et d’économie circulaire. L’ambition est de réduire les déchets et les coûts qui y sont liés et de créer de l’emploi et de l’activité innovante en Wallonie. »  Politique Régionale 2019-2024.  

« L’utilisation actuelle des ressources n’est pas durable. Nous consommons et extrayons plus de matières premières que notre planète ne peut en fournir à long terme, générons trop de déchets perdus pour le cycle économique, ainsi que d’émissions de gaz à effet de serre, et exerçons une pression sur la biodiversité et les écosystèmes menant à la sixième extinction de masse. De ce constat est né le concept d’économie circulaire. (…) La sobriété en carbone, en énergie et en ressources, implique notamment de maintenir aussi longtemps que possible les matières physiques et leur valeur dans le cycle économique, donc de réduire les déchets. Les échanges et le partage sont deux autres éléments fondamentaux du modèle circulaire, qui peut être décliné pour toutes les activités de production de biens et de services, qu’elles soient industrielles, artisanales, agricoles. »

Green deal et appel à projet

Le Green Deal lancé par le SPW réunit pour le moment une centaine d’organisations privées et publiques, qui se sont engagées à mener des projets « circulaires ». Les 110 signataires ont ainsi marqué leur accord pour mettre en œuvre au moins deux projets pilotes, d’achat ou de soutien à l’économie circulaire, endéans les 3 ans de ce Green Deal. Des appels à projet pour les entreprises, communes ou ASBL sont également en ligne, sur le thème de la gestion des déchets, de la réutilisation, de la sensibilisation et l’accompagnement à cette thématique. De nombreux articles, schémas et sources d’information sont également disponibles.

Si les outils proposés par le SPW s’adressent principalement aux entreprises, ils peuvent également servir aux travailleurs et délégations et, qui sait, à développer d’intéressants projets !

Lire plus : http://economiecirculaire.wallonie.be

En Belgique, 7,5% des emplois sont « circulaires »

Du cordonnier à l'ingénieur dans un parc éolien : 7,5 % des emplois en Belgique sont circulaires. Ce chiffre nous vient tout droit d’un rapport réalisé par la Fondation Roi Baudouin, publié en octobre dernier. La cellule RISE, Réseau intersyndical de Sensibilisation à l’Environnement y a été associé.

Le marché du travail circulaire inclut toutes sortes d'emplois dans différents secteurs, tous niveaux de qualifications confondus. Cela va de l'installateur de panneaux solaires, à l'architecte qui conçoit des bâtiments de manière à ce que les matériaux puissent être récupérés après utilisation, en passant par l'analyste de données qui surveille et optimise l'utilisation des ressources, ou encore le gestionnaire de plateformes de covoiturage…

Trois types d'emplois circulaires

  • Un emploi dit « circulaire de base » est une profession qui implique directement un des éléments de l’économie circulaire ou qui soutient ces types d’activités. Exemples : secteurs des énergies renouvelables, de la réparation, de la gestion des déchets et des ressources.
  • Un emploi circulaire porteur est un emploi qui suit les stratégies des économies circulaires de base et constitue des activités-support. Exemples : secteurs de la location, de l'ingénierie et des technologies numériques qui ont un lien avec la circularité. 
  • Un emploi indirectement circulaire est un emploi qui soutient les emplois circulaires. Exemple : éducation, logistique et secteur public.

Selon cette définition, l’analyse a montré que 7,5 % des emplois belges - 262 000 emplois - sont circulaires, soit 8,1 % des emplois dans la Région de Bruxelles- Capitale, 7,5 % des emplois en Flandre et 6,8 % des emplois en Wallonie.

Les secteurs du recyclage, de la réparation et de l’entretien génèrent plus de 80 000 emplois (30 % du nombre total d’emplois circulaires), principalement dans les provinces d’Anvers, de Flandre orientale, de Flandre occidentale et de Liège.

L’économie circulaire se conçoit sur différents niveaux, du niveau local au niveau régional et mondial. La Belgique accueille des initiatives circulaires à chacun de ces niveaux, des initiatives locales de partage au réseau mondial de reprise de voitures d’occasion et de pièces automobiles en passant par les systèmes régionaux de gestion des déchets.

« L’économie circulaire constitue elle-même une opportunité pour le marché du travail belge. Le pays est confronté à des problèmes d’adéquation entre le chômage et les opportunités d’emploi actuelles et futures. L’économie circulaire crée des emplois avec une grande diversité d’exigences professionnelles et a donc le potentiel de créer des opportunités à tous les niveaux du marché du travail. Il y a un potentiel pour des initiatives sociales et à petite échelle. Le nombre d’emplois peu ou moyennement qualifiés dans le domaine de la réparation devrait augmenter, une grande partie d’entre eux étant peu susceptibles d’être automatisés, et les emplois émergents peuvent attirer des talents hautement qualifiés et créatifs », indique le rapport dans ses conclusions.

L’analyse, basée sur une approche sectorielle et donc sur l’activité principale des travailleurs et entreprises, est susceptible de sous-estimer le nombre d’emplois circulaires dans le secteur manufacturier. Une analyse complémentaire du secteur manufacturier indique que 25 % des entreprises manufacturières belges communiquent sur les stratégies de l’économie circulaire, et sont donc susceptibles d’intégrer de telles stratégies comme processus secondaires.

Lire plus : L’emploi circulaire en Belgique - Analyse de référence de l’emploi dans l’économie circulaire en Belgique, un rapport de la Fondation Roi Baudouin et de « Circle Economy », à lire ici :
https://www.kbs-frb.be/fr/Activities/Publications/2019/20190919avc