COP 27 : stop ou encore ?

Du 6 au 18 novembre, se tient la 27e conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP 27), à Charm el Cheikh.


Une fois de plus, près de 200 pays se réunissent pour tenter d’avancer dans les négociations internationales relatives à la lutte contre le changement climatique.

Souvenons-nous, en 2015, l’Accord de Paris adopté lors de la COP 21 s’était fixé comme objectif de maintenir la hausse de la température globale sous la barre des 2 °C, et de préférence des 1,5 °C, par rapport à la période préindustrielle.

Nous en sommes loin au vu des engagements pris par les 193 signataires à l’Accord de Paris qui conduisent encore à un réchauffement de 2,5 °C d’ici la fin du siècle.

Pour rester dans les rails, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient diminuer de 45 % d’ici 2030.

Pourtant, c’est notre dernière chance. Selon le GIEC, la décennie actuelle est cruciale si on veut éviter un bouleversement des écosystèmes et la multiplication d’événements climatiques extrêmes mettant en péril la civilisation telle que nous la connaissons.

La détérioration des conditions de vie qui touche en premier lieu les populations les plus précaires s’accompagne inévitablement de crises économiques, de soulèvements sociaux et d’une montée des conflits.

Nous en voyons déjà les prémisses avec la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et la crise énergétique actuelle qui préfigurent les bouleversements géopolitiques et sociétaux qui pourraient advenir sans un renversement de tendance à la hauteur de la situation et au bénéfice de tous.

Néanmoins, bien que trop lentes, trop hypocrites, trop complexes, les COP restent des outils incontournables de la négociation multilatérale qui doivent aboutir à des résultats concertés, sous peine de se voir déborder par la défense pure et simple des intérêts individuels à court terme de chacun, ce qui mettrait un terme à tout espoir de transition énergétique organisée, un tant soit peu solidaire et socialement juste.

Et le risque de rupture de dialogue au niveau de la gouvernance mondiale est grand. Pour citer un exemple, face à la flambée des prix du gaz et du pétrole, due notamment au conflit en Ukraine, la demande mondiale de charbon thermique destiné à la production de l’électricité a fortement augmenté en dépit des engagements précédents, y compris en Europe.

Au centre de la COP 27 présidée par l’Egypte, outre le relèvement de l’ambition, l’accent est mis sur la défense des intérêts des plus vulnérables avec comme dossiers prioritaires l’adaptation, le financement climat et le dossier des pertes et préjudices.

Le relèvement de l’ambition

Une des grandes conclusions du Pacte de Glasgow, en 2021, a été l’appel aux pays de revoir et renforcer les engagements climatiques, non plus seulement selon un cycle de 5 ans comme le prévoit l’Accord de Paris, mais chaque année et une première fois avant la fin 2022.

A ce stade, hélas, seuls 23 pays dont l’Inde, l’Australie, l’Indonésie et l’Egypte ont respecté ce calendrier.

L’adaptation

L’intensification des effets du changement climatique met désormais l’adaptation au centre des préoccupations, sachant que ce sont les plus pauvres qui sont systématiquement les plus exposés.

Lors de la COP 26, les pays industrialisés ont convenu de doubler au minimum les fonds destinés à l’adaptation, ce que beaucoup estiment encore très insuffisant.

Par ailleurs, il s’agit également d’assurer la qualité des projets réalisés afin qu’ils bénéficient réellement aux besoins exprimés sur le plan local et que l’allocation des financements soit décidée avec la participation des populations concernées.

Le financement climat

Une nouvelle fois, le financement climat sera au centre des débats. En effet, l’engagement financier de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour soutenir des efforts des pays du Sud n’a toujours pas été atteint et que l’ampleur du déficit varie selon les méthodes de calcul entre 16,7 et 79 milliards de dollars.

Le respect de ces engagements financiers est pourtant crucial pour assurer la confiance dans le système multilatéral.

Le dossier pertes et préjudices

Le volet pertes et préjudices diffère de l’adaptation car il vise à compenser les dégâts irrémédiables liés au changement climatique et qui ne peuvent plus faire l’objet d’une politique préventive que ce soit en termes d’atténuation des émissions ou de prises de mesures d’adaptation.

On parle ici de la disparition de terres agricoles, de déplacements d’individus dont les habitations ont été détruites, de la destruction de la biodiversité, …

L’un des objectifs de la COP27 est de faire progresser les discussions sur les pertes et préjudices dans un contexte de fortes attentes des plus vulnérables notamment via l’opérationnalisation du Réseau de Santiago visant à catalyser l’assistance technique nécessaire à prévenir et minimiser les phénomènes à tous les niveaux d’intervention.

Bien d’autres questions sont également à l’ordre du jour des Nations-Unies…

Quoiqu’il se passe en Egypte, il est clair que, de toute façon, le mécanisme des COP, s’il est important, n’est pas suffisant. Plus personne ne s’attend à des mesures révolutionnaires à la COP.

Qui plus est, le rôle de la société civile dans la lutte contre la crise climatique, y compris à travers sa participation aux conférences sur le climat, est primordial pour définir des politiques climatiques inclusives et ambitieuses. Or la répression et la crise des droits humains en Egypte viennent s’ajouter aux obstacles qui nuisent à une participation large, effective et sûre des représentants notamment du Sud.

Pour conclure, citons François Gemenne, selon lequel il est question de « miser sur les minorités agissantes, déterminées, dans les entreprises et dans la société civile ». Il ne s’agit plus « de crier au feu dans la rue » mais « d’essayer d’éteindre l’incendie » et de se demander « comment on soutient ceux qui essaient d’éteindre l’incendie » car « les grands changements sociaux intervenus à travers l’histoire étaient bien plus souvent le fait d’une minorité déterminée que d’une majorité conscientisée ».

C’est pour cela que nous essayons avec vous de faire avancer les choses …