16 au 24 novembre 2019 - Semaine européenne de réduction des déchets

La Semaine européenne de la réduction des déchets est une initiative visant à promouvoir la mise en oeuvre d’actions de sensibilisation à la gestion durable des ressources et des déchets durant une même semaine. Elle encourage une large variété d’audiences (autorités publiques, entreprises privées, société civile ainsi que les citoyens eux-mêmes) à s’impliquer. Découvrez deux exemples de bonnes pratiques.

Gestion des déchets : chez SGS, l’initiative et l’expertise viennent des syndicats !

Isabelle est employée chez SGS depuis 2001. Elle travaille comme auditrice dans le département Qualité et représente les travailleurs au niveau du CPPT et de la délégation syndicale depuis 2004.

SGS sa est une société multinationale qui propose des services dans les domaines du contrôle, de la vérification, de l'analyse et de la certification et dont le siège se situe à Genève.

Le site de Wavre est spécialisé dans le secteur pharmaceutique et se compose de deux unités distinctes : SGS Lab Simon, active dans le domaine du contrôle de qualité de matières premières et produits finis, et SGS Belgium, où travaille Isabelle, qui effectue des études cliniques.

L’histoire débute suite à une demande de la maison-mère d’améliorer la gestion des déchets sur le site mais aussi au renforcement de la règlementation wallonne depuis 2015, en termes notamment d’obligation de tri de certaines fractions de déchets non dangereux générés en entreprise.

Sachant qu’Isabelle avait entrepris une formation d’éco-conseillère et suivait les formations organisées par RISE depuis plusieurs années, le manager Benelux QHSE (Qualité-Santé-Sécurité-Environnement) lui a confié la coordination d’un projet d’amélioration de la gestion des déchets dans l’entreprise. Ce projet a démarré en février 2019.

Les objectifs poursuivis sont, d’une part, la mise en conformité par rapport à la règlementation, d’autre part, la réduction du volume de déchets et l’amélioration du tri.

Pour ce faire, Isabelle, dans le cadre d’une équipe composée du responsable des bâtiments, du conseiller en prévention, de l’opérateur de maintenance et de deux autres membres syndicaux du CPPT, a construit le projet en quatre étapes.

1. La réalisation d’un état des lieux

L’état des lieux a permis d’objectiver les problèmes, tant au niveau des manquements vis-à-vis de la règlementation, que des procédures internes.

L’équipe a fait appel, dans un premier temps, à la cellule Environnement de l’UWE qui réalise ce type de diagnostic gratuitement. Elle l’a ensuite complété, corrigé et affiné en utilisant la méthode des éco-cartes, couplée à une enquête auprès des responsables et travailleurs de chaque zone concernée.

Cette phase est aujourd’hui terminée.

2. La mise en œuvre

Sur le plan de la réduction du volume de déchets notamment, l’acquisition d’un compacteur à carton a été décidé. Il ne s’agit plus à présent que de déterminer le modèle en fonction du prix et des qualités techniques.

Le remplacement des gobelets jetables par des gobelets réutilisables avait également été proposé au niveau des laboratoires. Cependant, le coût de cette mesure a été provisoirement jugé trop important au vu des mesures d’économie imposées par le groupe.

L’équipe s’est alors tournée vers l’entreprise Renewi spécialisée dans la valorisation des déchets. Désormais, les gobelets usagés vont être rassemblés dans une poubelle spéciale pour ensuite être transformés. Le carton est séparé du plastique pour être ensuite revendu sous forme, par exemple, de papier pour imprimante.

Des îlots de tri, sortes de poubelles centralisées, vont également être installés en lieu et place des poubelles individuelles. Les travailleurs qui veulent garder leur poubelle parce que, par exemple, ils sont amenés à jeter de grandes quantités de papier, devront aller la vider eux-mêmes dans ces îlots

La société en charge du nettoyage des locaux s’est montrée favorable aux nouvelles mesures qui vont dans le sens de l’allègement de la charge de travail de son personnel.

3. La communication

La mise en œuvre des mesures ci-dessus va de pair avec l’organisation d’une communication efficace en vue d’informer le personnel sur de nouvelles consignes à mettre en œuvre pour réduire la production de déchets à la source (imprimer le maximum de documents en recto/verso, utiliser de l’encre rechargeable pour les cachets-tampons, réutiliser les chemises et porte-documents, …) et sur les nouvelles procédures à respecter compte tenu des différentes mesures adoptées.

A cette fin, un logo spécifique au projet a été créé, dénommé « Recyclo », qui accompagne toute communication au personnel sur le sujet afin de la rendre directement identifiable.

4. L’évaluation

L’ensemble des mesures et procédures ainsi que la communication qui les accompagne devront avoir été mises en œuvre pour le début de l’année 2020.

Il s’agira ensuite de mesurer les résultats obtenus, si possible déjà dès la mi-2020, par le biais d’indicateurs et, par la suite en continu, de manière à adapter et corriger les solutions en fonction de leur succès mais aussi de l’évolution progressive des normes et des contraintes.

Les éléments à évaluer sont en particulier :

  • la conformité par rapport à la règlementation régionale et aux procédures imposées par la maison-mère ;
  • l’évolution de la quantité de déchets produits selon la catégorie ;
  • l’évolution de la quantité de déchets triés et recyclés ;
  • le retour des investissements réalisés.

Ce projet est exemplaire car il a permis de créer une dynamique positive en termes d’économie circulaire (dans son aspect gestion des déchets) entre représentants des travailleurs et direction en vue de répondre à des contraintes externes (la réglementation et les demandes de la maison-mère).


L'économie circulaire dans le secteur agroalimentaire : le cas d'Hesbaye Frost

Nadine et Eric font partie de la délégation syndicale du leader européen du surgelé : Hesbaye Frost situé à Geer, dans la Province de Liège. Avec eux, nous avons passé en revue tous les types de déchets qui sont liés à l'activité de l'entreprise. Ces déchets représentent un enjeu considérable en termes de quantités, d'impact sur l'environnement et bien sûr en termes de coûts. Depuis plus de 15 ans maintenant, cette question est au centre des préoccupations.

7 litres d'eau pour 1 kg de légumes

La préoccupation pour l'environnement chez Hesbaye Frost se traduit notamment par un usage plus rationnel des ressources. La production d'1 kg de légumes surgelés nécessite 7 litres d'eau …

Avant l'installation de la station d'épuration il y a quelques années, toute l'eau était rejetée dans le Geer. Aujourd'hui, environ un tiers des eaux usées se retrouve dans cette station d'épuration, un autre gros tiers est acheminé vers une lagune où ces eaux décantent avant d'être utilisées en irrigation sur les terres voisines. Un beau partenariat avec les agriculteurs voisins confrontés aux récentes et récurrentes périodes de sécheresse. IL reste encore quelques m³ d'eau qui font l'objet de propositions internes sur les possibilités de réutilisation : le nettoyage des machines en circuit fermé, etc. L'attention pour la consommation d'eau reste vive.

Cet investissement dans une station d'épuration a représenté un coût considérable ; nul doute que la législation contraignante et l'implication du secteur dans les accords de branche[1] ont fait la différence dans les choix de l'entreprise. Hesbaye Frost s'est en effet inscrite dans cette démarche volontaire au sein de son secteur (FEVIA). Au-delà des avantages directs, les entreprises trouvent dans ces accords la possibilité d'avoir une bonne connaissance de leur consommation énergétique, une visibilité à long terme en matière de programme d’investissements et de coûts énergétiques et des aides substantielles pour l’amélioration de leur efficacité énergétique qui leurs permettent de réduire leurs coûts de production.

Des légumes à l'électricité : la boucle est bouclée

En 2018, Hesbaye Frost a utilisé 159.000 tonnes de légumes dont 22.000 tonnes se sont retrouvées sous forme de déchets. La majorité de ces déchets organiques sont réutilisés pour en faire de la nourriture pour les animaux. Les 10 % restants sont envoyés dans l'unité de Biogaz du Haut Geer qui, à partir de ces déchets organiques d’Hesbaye Frost, produit de l’électricité et de la chaleur. Ce sont les micro-organismes présents dans ces déchets qui vont générer du biogaz que l’on va brûler pour produire de l’électricité et de la chaleur[2].

Cette électricité issue de la biométhanisation couvre actuellement 25 % des besoins de l'entreprise. L'installation de panneaux photovoltaïques « flottants » sur les lagunes procure 3 % supplémentaires d'électricité. L'objectif affiché est de doubler la fourniture issue du biogaz mais aussi de créer une deuxième usine qui puisse produire de l'énergie à partir des déchets liquides de l'entreprise. L'objectif à terme est d'atteindre près de 80 % d'énergie qui soit fournie par ces différents biais.

L'environnement c'est aussi la biodiversité

Les bassins de l'ancienne sucrerie ont été rachetés par Hesbaye Frost pour disposer d'espaces de décantation des eaux usées. Un partenariat avec la commune, Apligeer (l'association des agriculteurs locaux) et avec Natagora permet aujourd'hui à ces hectares de prétendre au statut de réserve naturelle

Des filières pour le moindre déchet

L'entreprise cherche constamment à diminuer la quantité de déchets, organiser un tri sélectif, trouver des filières pour les différents déchets : déchets organiques, cartons, bois, plastic, frigolite, ampoules électriques, chiffons souillés, déchets de bureau, ... Il reste aujourd'hui plusieurs tonnes de déchets non recyclables ou pour lesquelles les filières existantes sont trop coûteuses pour des quantités faibles.

Des réunions régulières sont organisées autour de la gestion des déchets et un groupe de travail a été mis sur pied pour améliorer le tri. Pour Eric, l'attention doit être quotidienne : observer, compter, analyser, questionner, expliquer, réfléchir à des solutions, échanger sur des expériences dans d'autres entreprises : une bonne partie de ce travail se fait de façon informelle et contribue à terme à améliorer la politique environnementale. La réserve est d'une superficie de 35 ha et comprend 7 bassins, qui se déversent les uns dans les autres par gravité via deux circuits distincts.
Propriété de la S.A. Hesbaye Frost, le placement sous réserve de ce site est le fruit d'un partenariat gagnant-gagnant avec l'ASBL Natagora, bien connue dans les réseaux nature, et Apligeer, l'association des agriculteurs locaux.
Hesbaye Frost y rejette ses eaux de lavage des légumes, exemptes de produits chimiques, à raison d'environ 300.000 m³ par an. La moitié peut être prélevée par les agriculteurs pour l'arrosage des champs, tandis que le reste sert à gérer les niveaux des bassins dans l'intérêt de l'avifaune.

L'argent au centre des décisions ?

Le refus récent de la Chine de continuer à accueillir les déchets de plastic de l'Europe a eu un impact important sur le coût de l'évacuation des déchets en 2018. La volonté de faire des économies est bien présente et le déchet est d'abord vu comme un coût ou une opportunité de faire des économies. La signature d'une CCT 90 qui lierait les objectifs environnementaux à une prime non récurrente a été récemment évoquée avec un peu de frilosité.

Mais chez Hesbaye Frost, l'esprit familial de l'entreprise influence aussi le type d'actions qui est mis en œuvre : les déchets de bois (box et palettes non réutilisables) sont livrés régulièrement et gratuitement dans un rayon de 25 km de l'entreprise. Un apport de bois de chauffage complémentaire qui tombe à pic pour beaucoup de familles. 

Eric et Nadine sont délégués syndicaux, ils n'ont pas de casquette spécifique en matière d'environnement ou de gestion des déchets, leur moteur c'est la motivation personnelle et leur attachement à l'entreprise. Ce n'est pas pour rien qu'ils font tous les deux parties du comité des fêtes.

En mai prochain l'usine fêtera son 35e anniversaire en ouvrant ses portes au grand public : une occasion d'aller voir de plus près ces initiatives et de rencontrer Eric et Nadine.

[1] Vous souhaitez plus d'informations sur les accords de branche et sur le rôle des CE/CPPT ? Sur www.Rise.be, utilisez le moteur de recherche avec le terme "accord de branche" pour trouver une fiche explicative.

[2] Principe de cogénération : production à partir d’une seule source d’énergie (le gaz) de deux autres, à savoir l’électricité et la chaleur.